Après avoir longtemps travaillé dans le public et le privé, Anouk Agnes est administratrice indépendante. La finance durable, le développement et les droits humains sont des thèmes qui (pré)occupent cette passionnée d’organisation de la vie en société, de droit public et constitutionnel qui, après son master, a enchaîné avec un autre en sciences politiques. Voyages et grands espaces l’attirent, la littérature la transporte. Anouk déroule en toute simplicité quelques pages de sa vie lors d’un espresso matinal partagé à l’Hôtel Parc Beaux-Arts.
Rédaction : Karine Sitarz
Jeune, quelles étaient vos passions ?
J’ai vécu à Luxembourg-ville, j’ai eu une enfance heureuse, protégée. Adolescente, j’aimais l’école, retrouver mes amis, mes cours de danse jazz et j’adorais les activités de groupe comme les colonies de vacances grâce auxquelles je suis notamment allée aux États-Unis et en Scandinavie.
Qu’est-ce qui vous a amenée au droit, puis à prendre le chemin du développement ?
Ma famille m’a conseillé le droit « qui sert à tout ». J’ai étudié à Paris, Munich, puis Londres. En revenant au pays, je me suis présentée au ministère des Affaires étrangères. Il y avait une place à la Représentation permanente du Luxembourg auprès des Nations Unies, il fallait partir de suite à New York pour couvrir les débats de l’Assemblée générale. En 1998, on parlait des objectifs du Millénaire pour le développement, d’éradiquer la pauvreté, mais c’était théorique, je me demandais comment faire. À mon retour, j’ai donc rejoint Lux-Development.
Vous êtes ainsi partie sur le terrain ?
J’ai passé deux ans en Namibie, pays où je retourne régulièrement. Je vivais au nord du pays à la frontière avec l’Angola, il y avait des besoins énormes en éducation, santé, infrastructures… J’ai beaucoup appris, vu se concrétiser les projets engagés sur place avec des partenaires de confiance. Plus tard, j’ai continué depuis le Luxembourg à gérer des projets dans les Balkans, au Maghreb… On était jeune, motivé, on travaillait le week-end, la nuit !
Quelles ont été ensuite vos grandes missions ?
En 2004-2005, j’ai rejoint la Banque asiatique de développement à Manille aux Philippines, le Luxembourg venait d’en devenir membre et j’en étais la première représentante. C’était une autre approche du développement, avec de très gros projets d’infrastructures, l’Asie était en plein boom. Ensuite, j’ai rallié le ministère des Finances pour la promotion de la place financière et, en 2012, j’ai rejoint l’ALFI. La finance durable, secteur où le Luxembourg est leader, est un sujet qui m’a toujours intéressée. Aujourd’hui, le focus est mis sur le changement climatique, le financement d’activités de développement vert, comme les énergies renouvelables.
Après avoir renoué avec le public, pourquoi faire le choix en 2022 d’être administratrice indépendante pour la place financière ?
Conseillère économique du Premier ministre Xavier Bettel pendant trois ans, j’ai découvert les succès de notre industrie et de PME innovantes, souvent leaders dans leur domaine. Je représentais l’État dans des conseils d’administration, j’ai vu qu’ils étaient professionnalisés, diversifiés et conscients de leur responsabilité en matière de gouvernance. Je me suis reconnue dans ce rôle, j’en aime la dynamique et je suis aujourd’hui administratrice dans une banque, une société d’assurance-vie, des fonds d’investissement et une ONG.
J’ai toujours fait des allers-retours entre le privé et le public, j’aime les deux secteurs, c’est important qu’ils se parlent et se comprennent.
– Anouk Agnes, administratrice indépendante
Il y a aussi Luxembourg Institute of Science and Technology (LIST) …
Oui, j’aime participer aux success stories du Luxembourg, aider à mettre en avant ce qu’on sait bien faire. Le LIST en est un exemple. Au niveau de la recherche, le pays a écrit ces dernières années une belle histoire.
Avez-vous rencontré des difficultés en tant que femme à des postes à responsabilité ?
Non. Il y a eu beaucoup de progrès, cela va de pair avec les questions de gouvernance. La diversité hommes-femmes compte et les sociétés sérieuses l’ont compris. Pourtant, le secteur financier reste lui très masculin avec seulement 25 % de femmes dans les CA !
Avez-vous une belle rencontre à partager ?
Un échange il y a dix ans avec Christine Lagarde, alors directrice du FMI, sur les défis pour une femme d’allier vie familiale et vie professionnelle, sur le déséquilibre hommes-femmes au pouvoir… Son message était simple et clair, mais si convaincant : une femme peut arriver à tout si elle a suffisamment confiance en elle-même.
Pouvez-vous nous parler de votre engagement chez SOS Villages d’Enfants Monde que vous présidez depuis 2021 ?
C’est une association qui me tient à cœur, ma mère y était déjà engagée. Aider les enfants vulnérables, qu’y a-t-il de plus important, de plus urgent, de plus beau ? Accompagner les familles pour éviter que les enfants n’en soient séparés et leur permettre de leur donner un bon cadre de vie, et dans les situations d’urgence, intervenir vite et être proche des populations dans le besoin, n’est-ce pas essentiel ? Depuis 50 ans, SOS fait beaucoup depuis le Luxembourg.
Comment vous ressourcez-vous ?
En passant soirées et week-ends en famille ou avec mes amis, en faisant des voyages et presque tous les jours en promenant mon chien dans la forêt.
Questions à la volée
- UN LIVRE DE CHEVET : Thomas Mann découvert au lycée et Stefan Zweig. Je lis souvent deux livres en parallèle comme un thriller suédois et quelque chose de concret sur la politique, l’économie ou l’actualité.
- UNE DESTINATION : La Namibie, le plus beau pays du monde, pour la nature, les grands espaces et le désert d’un rouge magnifique.
- UNE PHILOSOPHIE DE VIE : Adolescente, quand ça allait moins bien, ma mère me disait : « tu verras, ça servira à quelque chose », même le plus difficile permet d’avancer.
Interview initialement publiée dans le Femmes Magazine numéro 268 de juillet-août 2025.




