Attente suscitée, fêlures révélées, premier single à records: tous les ingrédients sont réunis pour que la diva-popstar Adele retrouve le sommet des charts devant les autres gros vendeurs, ABBA, Drake ou Ed Sheeran, avec son nouvel album « 30 » qui sort vendredi.

« Son single ‘Easy on me’ a battu tous les records sur Spotify avec 24 millions de streams le jour de sa sortie le 15 octobre et aujourd’hui (un mois après), cette chanson est à plus de 260 millions de streams, et là, je me dis, mais c’est possible ça?« , commente Nicolas du Roy, directeur éditorial de Spotify.

De quoi anticiper la déflagration vendredi, jour de la sortie de 30 ? « Je ne suis pas voyant, mais vu ce qui s’est passé avec le single, je m’attends en effet à des chiffres assez extraordinaires, son album est très bien fait, on aime ou on n’aime pas mais les chansons restent dans la tête« , poursuit ce responsable du leader mondial des plateformes de streaming musical.

À quoi voit-on qu’une mégastar revient? La maison de disques ne livre aux journalistes ni CD, ni lien d’enregistrement en amont, contrairement à la majorité des autres artistes. Et la presse est conviée à une session d’écoute confidentielle, pour éviter toute fuite. L’exercice n’a rien de glamour: dix journalistes autour d’une table de réunion standard, comme au siège parisien de Columbia/Sony, avec portable laissé au vestiaire sous enveloppe. Et c’est parti pour 58 minutes d’écoute.

« Public transgénérationnel »

Premier constat, dans 30 (âge qu’elle avait en commençant l’album il y a trois ans), tous les titres ne sont pas calibrés sur le modèle d’Easy on me, single tout en puissance vocale (ce qui hérisse ses détracteurs).

Et contrairement à 25, précédent opus de 2015, la Londonienne installée à Los Angeles s’aventure dans des formats moins classiques. Si les cordes des violons sont bien présentes sur le premier et le dernier morceau Strangers by nature et Love is a game, Cry your heart out s’ouvre sur une voix modulée façon électro.

Deux chansons, Can I get it, avec son gimmick-sifflement, et Hold on, morceau de bravoure soul, rallieront probablement les suffrages au-delà du cercle des fans. Les autres titres ne contenteront sans doute que les convertis. Qui sont légion et devraient redonner rapidement sa couronne à la reine des classements musicaux mondiaux (48 millions d’albums vendus à 33 ans).

« Elle a plus de 62 millions d’auditeurs par mois chez nous, sans surprise son audience est plus féminine, à 60%, et 70% des auditeurs ont entre 18 et 34 ans, c’est un public assez jeune, mais plus adulte et plus transgénérationnel que Billie Eilish par exemple« , décrypte Nicolas du Roy.

« Anti-bling bling »

« La question qu’on se pose, c’est ‘Pourquoi Adele ?’ : au-delà des chansons bien écrites, elle est anti-bling bling, avec une image proche des gens, elle n’a pas l’air de vivre sur une autre planète, elle a un parcours de vie avec des problèmes de poids, des déboires sentimentaux« , déroule encore le spécialiste de Spotify.

La chanteuse aux 15 Grammies, oscarisée pour la B.O. du James Bond Skyfall, s’est déjà confiée au fil d’interviews sur la genèse de ce disque-thérapie: pour répondre aux nombreuses questions de son fils Angelo, neuf ans, sur son récent divorce. « À 30 ans, ma vie s’est effondrée sans prévenir« , dépeint Adele dans Vogue. « J’ai l’impression que cet album est de l’auto-destruction, puis de l’auto-réflexion et de l’auto-rédemption« . Elle raconte avoir perdu quelques 45 kilos en devenant accro à l’exercice physique. « Il ne s’est jamais agi de perdre du poids, mais de devenir forte et de me donner le plus de temps possible chaque jour loin de mon téléphone« . Mais les failles ne sont jamais loin. « Je dois me préparer à devenir célèbre à nouveau, ce que, comme chacun sait, je n’aime pas être« .