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Le joli monde de Valentine Gauthier

Pour fêter sa toute première décennie, la créatrice française Valentine Gauthier s’est offert un nouveau Q.G., sur le très chic boulevard Beaumarchais (au numéro 88, ndlr.), dans le XIe arrondissement parisien.

Un flagship sur deux étages épuré et cosy – signé du Belge Bernard Dubois (à qui l’on doit également le pavillon belge de la Biennale de Venise, ndlr.) – qui offre un écrin sublime rétro 60’s et romantique aux jolies pièces urbaines, à la fois casual et chic, qui ont font son succès. L’occasion d’aller à sa rencontre afin d’évoquer cette nouvelle étape, mais également de revenir au commencement, d’évoquer ses projets et de papoter en toute franchise en copine.

« Le plus dur n’est pas tant de créer sa maison, c’est de la faire perdurer. Les premières années, on fait les choses spontanément, on est encore tellement candide. » Regarder en arrière pour mieux apprécier tous ces petits bonheurs qu’elle a connu, les rencontres qu’elle a faites et l’identité qu’elle s’est forgée. Car, même si elle a grandi, Valentine Gauthier reste la même. « Il n’y a qu’à regarder notre showroom : il est à l’identique de la rue Charlot. Sauf que là, on a 200m2 : bureaux, boutique et showroom. Je voulais vraiment être le plus proche possible de la femme que j’habille, et qu’elle puisse avoir accès à mon univers. » Loin d’elle la volonté de s’enfermer dans sa tour d’ivoire : Valentine est simple, empathique et (très) curieuse. Elle nous a d’ailleurs sérieusement décontenancés, lorsqu’elle a embrayé direct à la fin de l’interview : « bon, maintenant, à moi de vous poser des questions. » Des premières années, elle a conservé la spontanéité, la fraîcheur et la générosité. Certainement son côté fille du Sud : Valentine est née à Marseille et a grandi dans le Var avant de partir à l’assaut de la capitale. Elle y travaille comme mannequin pour Maison Margiela, occupe différents métiers. Tous dans l’univers de la mode. Avant cela, elle avait suivi des études de géo-éthnologie. Un parcours atypique, mais surtout un bon tremplin pour prendre ses marques et se faire un nom. En 2006, elle remporte le Festival international des jeunes créateurs de Dinard et, dans la foulée, elle fonde sa maison éponyme. C’était en 2007. Depuis, elle a grandi, mûri – et ses clientes avec elle –, mais elle continue à dessiner une mode qui lui plaît. Les tendances, elle s’en fiche un peu, leur préférant dessiner des pièces dans lesquelles les femmes se sentent bien, des vêtements qui leur correspondent. « Ce qui me motive ? Faire plaisir aux gens ! Lorsque je vois des belles choses, j’ai envie de les partager, de les reproduire dans mes créations. » C’est ainsi que sa collection automne-hiver 2019 est née d’un coup de foudre pour une région aux antipodes de ses origines : les Flandres. « C’est vraiment une région que j’adore et qui – météorologiquement parlant – colle parfaitement à la saison froide ! Son architecture, très marquée le Brutalisme (un mouvement architectural né en Belgique dans les années 60’s et qui se caractérise notamment par des façades en béton brut, ndlr.), m’a toujours beaucoup plu. J’ai essayé de retranscrire tout cela en jouant sur les matières. J’y porte un grand soin. D’ailleurs, je les choisis toujours les plus naturelles possible et, surtout, je refuse de travailler avec celles issues de la pétrochimie. »

Amoureuse des matières

Les matières, justement, sont également au cœur de sa récente collaboration avec le géant digital de la chaussure, Sarenza, pour lequel elle a signé une capsule de quatre modèles estivaux poru al ligne « Made by Sarenza ». Un projet exaltant, car totalement de sa petite entreprise à elle, qui garde des allures familiales et artisanales. « Travailler avec un géant de la chaussure comme Sarenza me permettait de découvrir un tout nouvel univers. J’ai pioché dans leurs archives quatre modèles que j’ai designé à ma façon. » Quant au choix de dessiner des souliers, il n’est pas innocent : son mari travaille dans cet univers, qui lui était donc très familier. »

Le point de départ ? Le velours – tantôt ras tantôt côtelé – et Valentine s’étonne que la plupart y voient une étoffe réservée à l’hiver. « Jamais je ne me suis posé cette question. J’aime ce tissu riche et festif, glitter sans en avoir l’air. Je trouve qu’il sied aussi bien à l’été qu’à l’hiver. » Elle l’a donc utilisé pour créer une ligne de quatre souliers – des mocassins-mules, des mules ouvertes, des boots et des ballerines pointues à petits talons. Elle reste fidèle à elle-même, à sa patte « parisienne », un tantinet germanopratine. La Fille Valentine Gauthier est féminine sans trop en faire, un brin boyish, et garde son sens pratique « Vous voyez beaucoup de Parisiennes en talon de 12cm, vous ? Quand on doit courir entre deux rendez-vous, récupérer ses enfants à la crèche… les chaussures plates ou les petits talons sont bien plus aisés. »

Son style ? Jeans, t-shirt. « Et surtout une belle veste et de jolies chaussures. Ce sont les deux pièces auxquelles je prête le plus attention, lorsque je compose un look. C’est important de soigner ces détails. » Elle confesse affectionner particulièrement les boots et les santiags – pour une fois qu’une créatrice n’a pas succombé au chant des sneakers, cela mérite d’être souligné trois fois ! – qu’elle porte aussi bien en hiver que jambes nues avec un short ou une jupe en été.

Démultiplier les possibles

Si le fait de contribuer à écrire l’histoire de la mode la séduit, Valentine Gauthier désire habiller les femmes pour qu’elles puissent laisser s’exprimer leur propre personnalité. C’est le fil rouge qui lie chacune de ses collections et qu’elle a aussi décidé d’imprimer sur des t-shirt. Si elle succombé à la tendance des pièces engagées, c’est parce que, bien avant que cela ne soit vraiment à la mode, elle est profondément convaincue que les couturiers ont, chacun à leur manière, contribué à libérer les corps et à émanciper les femmes de leur condition. « Pour moi, la créatrice la plus engagée est Vivienne Westwood et personne ne l’a encore détrônée à l’heure actuelle. J’aime qu’elle le fasse avec beaucoup de second degré, de légèreté. Ce n’est pas le lieu de la mode de trop se prendre au sérieux. Pour autant, ce n’est pas pour autant qu’elle est frivole, inconsistante. Les femmes doivent pouvoir s’habiller comme elles le désirent, sans que cela ne porte préjudice à leur image. Qu’on les range dans une catégorie. Les vêtements permettent d’exprimer une multitude d’émotions, d’humeurs, d’envies. D’avoir confiance en soi. Les femmes doivent prendre du plaisir à jouer avec toutes ces facettes ! »

Et elle s’amuse, Valentine, comme le prouve, d’ailleurs, l’une des pièces emblématiques de sa collection été 2018 estampillée d’un « l’amour avec la langue » comme leitmotiv. Un mantra cool et libéré, qui colle bien avec l’ambiance à mi-chemin entre Studio 54 et les eighties qui l’ont inspirée pour cette ligne colorée et funky.

Et l’avenir ? On lui demande que lui souhaiter pour les dix années à venir. Elle répond du tac-au-tac « que le monde se réveille ». Bien sûr, elle souhaite continuer sur sa lancée, mais la trentenaire, maman de deux petits garçons, a toujours une longueur d’avance et se préoccupe aussi de l’héritage qu’elle laissera aux générations futures. En attendant, elle espère bien continuer de vivre son histoire qui fourmille de projets, d’envies et ne recule devant rien. Ah oui. Elle espère aussi donner l’exemple pour les jeunes… On a foi en elle, c’est aussi simple que cela.

Crédit photo : ©Arnaud Tavares

 

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