ANDRES LEJONA VOIR CE QU'IL Y A AU-DELA DU SUJET
ANdRés LEjONA EsT phOTOgRAphE. A CôTé dE sON TRAvAiL dANs L’uNivERs dEs mAgAziNEs, iL dévELOppE dEs pROjETs ARTisTiquEs pERsONNELs Au gRé dE sEs vOyAgEs, RENCONTREs ET déCOuvERTEs pLuRiELLEs. pAssEuR d’idéEs, iL EsT pAssiONNémENT AvENTuRiER ET CuLTivE uN fiN EspRiT d’ExpLORATEuR. iL sE LivRE OuvERTEmENT, AvEC humOuR ET géNéROsiTé.
L’aventure artistique d’Andrés Lejona a commencé en Espagne, son pays natal. «Chez mes parents, il y a toujours eu beaucoup d’intérêt pour l’art, les livres, les magazines de qualité». Ainsi tout naturellement il se tourne vers le dessin (passion qu’il cultive toujours) et la peinture. La photo viendra un peu plus tard, à l’aube de ses 17 ans. «J’y suis arrivé un peu par impatience. J’ai pris un appareil et vu que ça allait plus vite et que les résultats étaient plus rapides. Par curiosité, aussi. La photo est en quelque sorte un acte déprédateur, on garde «les choses»». Il a tout appris en autodidacte, se forme sur le tas aux côtés de professionnels chevronnés et devient photographe. «J’ai eu la chance de connaître de très bons photographes, tant des techniciens que des philosophes de l’image». Vers la fin des années 80 les aléas de la vie font qu’Andrés Lejona déménage au Luxembourg…
Mais la ville n’était pas très dynamique. Après quelques saisons, il pense déjà à repartir… C’est à ce moment-là qu’il fait une rencontre déterminante avec le Cirque Raluy, un cirque culturel de passage sur la Place du Glacis, qui lui propose de le suivre dans sa tournée. Destination: France, Espagne, Guadeloupe, Martinique. L’aventure durera un an et demi. En ressort une série de portraits en noir & blanc des artistes circassiens. En cours de route, le photographe s’improvise aussi manager. «C’était intéressant de découvrir le cirque de l’intérieur et ça me laissait aussi du temps libre pour prendre des photos dans les villes qu’on visitait». C’est dans les Caraïbes que leur route se sépare, le Cirque Raluy embarque pour La Réunion, Andrés Lejona pour Cartagena de Indias en Colombie où vit sa sœur. Un voyage d’un mois qui se transformera… en une aventure de 8 ans. «Deux choses m’ont frappé à Cartagena, le sourire des gens et la surprise au quotidien».
En témoigne «Avenida Caribe», une série de 13 images grand format e.a. sur la liberté, la nature ou encore la communication comme ce portrait féminin, rehaussé d’un dessin à l’encre et d’un poème, qui a une longue histoire. «A la base, une photo noir & blanc réalisée à l’argentique. J’ai projeté l’image sur un mur où j’avais fixé le papier, puis j’ai développé par terre avec des plantes mouillées par le révélateur, le fixateur et autres, d’où des traces d’oxyde». Cette image résume bien la philosophie et la démarche d’Andrés Lejona. «J’essaye de faire passer des idées, mais c’est difficile. La fille tient en haut de la tête comme une coiffe à la mode une pierre qui lui cache les yeux, le cerveau ou/et l’esprit, qui l’aveugle. Il faut une responsabilité pour dire les choses, mais encore plus pour les entendre». Le photographe a commencé avec le noir & blanc puis est venu à la couleur. «J’aime l’un et l’autre. La couleur peut distraire de l’idée, il faut bien la doser. Elle n’est pas facile à maîtriser. Elle parle de beaucoup de choses. C’est étonnant».
2001, retour en Europe. Voyage improvisé au Portugal («pays que je ne connaissais pas très bien») et découverte de Lisbonne. Coup de foudre. Il s’y installe pendant 3 ans. Puis de nouveau l’impérieux besoin de se remettre en route le reprend. Il hésite entre l’Espagne et Paris, mais au final un nouvel hasard décidera de sa destination. On lui propose un boulot à Luxembourg, ville qu’il n’avait d’ailleurs jamais complètement quittée. «Je voyais qu’elle avait changé, mais moi aussi, j’étais très curieux de savoir comment je pourrais m’y réadapter. Maintenant je me sens bien ici». Il y a établi son camp de base et travaille comme photographe indépendant e.a. pour les magazines de «Maison Moderne». Mais ce qui le passionne surtout, c’est la photo d’auteur, des idées inédites, très personnelles. «Dans mon travail professionnel, il y a 2 choses qui m’intéressent et nourrissent mon travail personnel, l’architecture et les portraits». Le documentaire aussi, comme celui qu’il vient de réaliser sur le Findel.
«C’est important de garder les choses dans la mémoire. Certaines personnes qui ont vu l’expo ou le livre m’ont confié avoir oublié comment c’était avant. Le passage a été si rapide. C’est trop souvent le cas, avec les lieux, les personnes ou d’autres choses plus personnelles comme les sentiments de l’enfance. J’adore les vieux qui ont su garder l’énergie de pouvoir se laisser surprendre avec n’importe quoi et qui travaillent l’humour». Humoristique et décalé, voilà bel et bien 2 adjectifs qui caractérisent l’œuvre d’Andrés Lejona. «J’aime les contrastes, la subtilité et la provocation. En cherchant l’équilibre entre les deux, on arrive à un moment adéquat pour créer. Le passage très subtil entre humour et ironie m’intéresse aussi. L’ironie positive m’amène à la créativité». La preuve en images avec la série «Kesarte» qui met en perspective l’art contemporain, qu’il a réalisée à partir de choses photographiées dans la rue. «Une façon de dire au public: attention beau-coup de choses que vous voyez dans une galerie ou un musée, vous pouvez les voir dans la rue. Il faut exiger des responsables qui montrent de l’art le niveau suffisant pour pouvoir vous étonner».
Andrés Lejona arpente les coulisses, l’envers du décor, toujours à la recherche de ce qu’il y a au-delà du sujet. Il vient de réaliser un travail d’architecture sur le Casino où il a photographié ce qu’il y a derrière les murs. «L’œuvre s’expose sur les cimaises, mais si tu vas juste derrière il y a d’autres choses, un autre accès». Une même philosophie participe de ses portraits qu’il met méticuleusement en scène. «Je fais des croquis, dessine les idées, un peu comme un story-board». Avec ses modèles, il y a toujours rencontre, jamais de portraits uniquement esthétiques, «l’apparence, il faut s’en méfier. Il y a l’être humain comme il se montre, mais qu’y a-t-il derrière, à l’intérieur de lui, que projette-t-il? Ce qui m’intéresse c’est ce qu’il y a dans le subconscient». Il a par ex. développé une série sur le thème «homme-femme». Passeur d’idées, le photographe capte aussi des instantanés. «Parfois tu es dans la rue et il y a une idée qui te surprend, tu ne sais pas pourquoi, mais la photo s’impose à toi. Ce n’est ni l’histoire qu’une personne te raconte, ni une idée personnelle». Qu’est-ce qui inspire Andrés Lejona, le fait vivre, courir? «Pour moi la chose la plus importante c’est d’être conscient de ce qu’on a vécu, d’avoir bien assimilé les expériences et, après, avec ce background d’arriver à transformer la réalité. C’est le grand défi». S’il n’avait pas été photographe, il aurait aimé être peintre, musicien, écrivain ou réalisateur et toujours découvrir, rencontrer des gens, vivre. «Il faut être intéressé par tout et ne pas avoir peur de partir, il y a toujours un moment où tu peux revenir, tant dans les lieux que dans les idées. Surtout il faut explorer, s’explorer». Belle philosophie de vie!
Questions À la volée
Un photographe
Tous ceux qui ont montré de manière personnelle de nouvelles réalités
Un artiste
Les enfants avant d’être conditionnés par la société
Une destination
La vieillesse dans de bonnes conditions
Un rêve
La non-dépendance
Un coup de coeur
Le respect de l’univers, de la nature, de l’être humain…
www.andreslejona.com
Karine Sitarz























































































