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EMMANUELLE REVEL-PELLET… la magie de l’infiniment petit

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Emmanuelle Revel-Pellet crée des miniatures et rêve en grand. Auteure de contes pour petits et grands, cette jeune femme à l’intelligence vive, aux mots choisis, nous invite à repenser le monde pour être acteur de son propre royaume. «Fabriquer une couronne de roi pour grandir les petits, une main de justice pour envoyer promener les tyrans ou une cape destinée à abriter les cœurs doués pour le partage», autant de propositions où la poésie le dispute au merveilleux, la réalité au rêve.

Vous êtes auteur et illustratrice de livres pour enfants. D’où vient cet intérêt pour les petits?

Leur monde est tout simplement idéal: ingénuité, candeur, confiance, fraîcheur, générosité… Un regard qui s’ouvre, un esprit qui s’éveille, une personnalité qui se construit, tout m’émerveille, m’amuse, me bouleverse.

Avez-vous des sujets de prédilection?

Mes illustrations mettent en scène la beauté de l’étrange, la force du mystère et le pouvoir de l’imaginaire. Elles rendent hommage aux maîtres anciens, artistes contemporains, peintres du dimanche, illustrateurs, photographes, auxquels elles empruntent, non sans malice, motifs, compositions ou patines. Mes personnages sont des anti-héros inspirés par l’univers de mon enfance. Je les croque tendrement, caresse leurs traits avec mes pinceaux doux et fins, répare leurs failles et leur donne un lustre comparable à celui des modèles des tableaux les plus connus, comme s’ils pouvaient se glisser à leurs côtés.

Les peindre vous demande beaucoup de temps?

À contre-courant de l’ère numérique, je me frotte à la matérialité de la peinture (acrylique); je superpose de nombreux glacis semi-transparents pour obtenir des effets de profondeurs, d’ombres et de reflets, faire rayonner la chaleur d’une peau, saisir les nuances d’un caractère. Je peins sans dessin préalable pour conférer à la couleur tout son pouvoir; il y a donc sous l’apparence finale bien des repentirs: j’aime l’idée d’une dimension cachée, me jeter à l’eau sans réfléchir que les ratés soient perfectibles, que l’échec conduise à la réussite. Entre la conception, la réalisation, les séchages, c’est 40 à 100 heures de travail pour finaliser une illustration au format A3. Il me faut pas moins de trois années pour réaliser un album illustré.

D’autant que vous avez adopté une démarche assez inhabituelle…

Oui, c’est vrai! Pour mes deux derniers albums, j’ai choisi délibérément de faire les planches avant de passer au texte. Cette démarche, quasi surréaliste, me prend certes beaucoup de temps, mais me permet aussi de laisser venir ce que je souhaite exprimer.

Pouvez-vous justement nous parler des vos albums?

J’ai illustré un conte des Frères Grimm, Le Roi Crapaud, que j’ai fait suivre d’un cahier d’activités permettant de le transformer en une pièce de théâtre à monter par un groupe d’enfants. Avec une amie claveciniste, je l’ai également mis en musique. Le miroir de tes rêves, un conte imaginaire et philosophique, qui vient juste de paraître, est également assorti de propositions ludiques comme autant d’invitations à mettre en pratique le message induit par un vrai miroir à la fin de l’histoire: trouver en soi les moyens de son propre bonheur. Par ailleurs, je finalise l’édition d’un nouveau titre pour la collection de «contes et fables d’enfants pour adultes» que j’ai créée: il s’agit de La Fille de Jean de La Fontaine. Illustrée sur un mode caricatural et satirique, cette fable sera assortie d’un livret d’activités ludiques sur le thème de l’amour… pour relativiser les écueils sentimentaux, ne pas se prendre trop au sérieux et s’amuser, je l’espère!

Vous êtes par ailleurs l’auteur d’ouvrages didactiques…

J’ai en effet rédigé des ouvrages méthodologiques en histoire de l’art (apprendre à lire une œuvre), des approches thématiques (la perspective, l’ombre en peinture, le miroir, la représentation du ciel, de l’enfant, le cadre), des monographies (Nicolas Poussin, Quentin Metsys).

Vous semblez très concernée par la transmission du savoir…

Après avoir obtenu l’agrégation en arts plastiques – j’ai fait mes études supérieures à Paris, à l’École du Louvre et à la Sorbonne -, j’ai d’abord enseigné en collège et lycée dans l’Académie de Besançon. Je n’avais que 23ans et j’ai dû adapter les théories de l’université à des élèves en chair et en os, mais quelles gratifications j’ai alors connues avec eux! En même temps, le Musée des Beaux-Arts de Dole me proposait de créer son service éducatif; le Fonds Régional d’Art contemporain, hébergé dans ses murs, offrait des rapprochements audacieux avec les œuvres du passé; ce lieu a significativement enrichi ma formation; le Louvre m’a alors proposé d’être responsable de l’action éducative pour l’enseignement secondaire et supérieur. J’y ai côtoyé quotidiennement pendant 10 ans des chefs-d’œuvre dans un cadre historique exceptionnel et travaillé avec des spécialistes de tous horizons…

Que souhaitez-vous faire passer?

Dans chacun de ces projets, la question de l’accession à l’art est centrale: l’existence humaine peut être sublimée par la rencontre, la compréhension et/ou la création artistique; encore faut-il pouvoir s’ouvrir à cette faculté propre à l’être humain. C’est cette rencontre que je cherche à provoquer en sollicitant simplement les ressources innées de chacun.

À quelles réflexions vous a menée la construction pendant 25 ans d’une maison de poupée?

De telles constructions ne sont pas de simples maquettes d’architecture: la poésie, la philosophie, la psychanalyse y échangent leurs vues. Le tombé d’un rideau ou les points de tapisserie d’un canapé atteignent leur limite illusionniste quand l’échelle de réduction est trop importante. Ce monde créé devient alors irréel, surréaliste, impossible: avec des canalisations trop miniaturisées, l’eau ne coule plus dans les baignoires; une tablette de chocolat qu’on sculpte à l’échelle 1/20 a tôt fait de fondre entre les doigts. Une question essentielle taraude ces investigations de l’infiniment petit: qu’elle soit pleine d’espoir, contrariée, redoutée, elle est profondément animée par la force d’un inconscient et pourrait se résumer ainsi: comment donner la vie?

Votre inventivité et votre souci de la perfection sont-ils nés dans votre enfance?

Les greniers de mon enfance étaient de véritables cavernes d’Ali Baba où puiser toutes sortes de matériaux de récupération; mon jeu favori consistait à assembler des chutes de bois et des coupons de tissus afin de bricoler des maisons pour mes poupées. La nécessité d’adapter les matériaux bruts à des projets immobiliers plus ambitieux imposait de trouver des outils performants: la boîte à chaussures, perforée d’un coup de poing ouvrant une baie préhistorique, a fait place, grâce au cutter et au rapporteur, à de complexes enfilades de galeries renaissantes. Une pile électrique, quelques petites ampoules, un matériel de dentiste, des bouquins sur Adolf Loos ou Frank Lloyd Wright ont ensuite occupé les loisirs de mon adolescence jusqu’à un âge fort avancé. Au fil du temps, j’ai ainsi expérimenté la création de mobilier, d’objets d’art, de bijoux, de marqueterie, le modelage, la sculpture, la peinture, la gravure, le croquis, les aquarelles, l’architecture, les scénographies…

{J’aime}

L’intelligence du cœur

{J’aime pas}

Je n’aime pas y songer

EMMANUELLE REVEL-PELLET: Les albums/jeunesse sont disponibles dans les bonnes librairies de Luxembourg, chez Tschann et à L’Ecume des Pages à Paris

www.revel-pellet.com

Dominique Sander-Emram

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