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Être le premier, être différent et unique

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A bientôt 63 ans – il est né le 20 septembre 1949 à Luxembourg –, Jean-Claude Biver, le président de Hublot, marque horlogère suisse qu’il a propulsée vers les sommets, aspire à passer le relais à la nouvelle génération. Et désire transmettre savoir et savoir-faire…

D’où vous vient cette passion pour les montres?
C’est une passion qui m’habite depuis toujours. Comme beaucoup de petits garçons qui perdent leurs jouets d’enfant, je me suis rabattu sur un jouet d’adulte. Pour certains, ce sont les motos, les voitures ou les avions. Pour d’autres, ce sont les montres. Il y a un parallèle très évident à faire entre les domaines montres et le secteur de l’automobile. On est dans une même démarche de création, on utilise parfois les mêmes technologies, souvent les mêmes matériaux. On retrouve dans ces deux univers le même besoin de haute précision et de bonne facture, plus encore dans l’horlogerie. Moi, j’ai reçu cette chance d’être un passionné de montres. Privilège suprême, j’ai pu faire de cette passion mon métier. Et, premier secret de la réussite, tout un chacun qui travaille de sa passion n’a plus guère l’impression de travailler.

Un conseil à donner aux plus jeunes qui se cherchent?
J’avais 19 ans en mai 68. Comme beaucoup de jeunes à cet âge, je me cherchais. Je n’avais pas forcément envie de travailler. J’étais plutôt contestataire et, donc, je ne savais pas vraiment à quoi servait la vie. J’étais en proie à des questions existentielles… Ma réponse a été de dire que si j’entrais dans ma passion, je serais sauvé. De manière très volontariste, j’ai donc cherché à entrer dans ce métier. Dès lors, mon conseil serait de dire aux plus jeunes: essayez de découvrir quelles sont vos passions, creusez, étudiez, essayez d’aller travailler dans ce domaine. Plutôt que d’entamer un cursus classique, suivez votre instinct, vos rêves. Soyez ambitieux.

 

Pour vous, comment s’est dessinée cette entrée dans le monde fermé de l’horlogerie?
J’ai reçu l’aide d’un ami, Jacques Piguet, dont les parents étaient des acteurs importants de l’horlogerie en Suisse. L’aide que l’on peut recevoir, avec le recul, est quelque chose d’inestimable. Sans elle, peut-être n’aurais-je jamais mis les pieds dans ce métier. Il ne faut jamais sous-estimer l’influence que peuvent avoir certaines personnes. Les recommandations, les réseaux sont souvent des atouts très précieux. Ensuite, il faut personnellement faire ses preuves, performer, travailler dur. Naturellement, le passionné aura toujours un avantage par rapport à une personne qui fait honnêtement son métier. Il peut travailler beaucoup plus. Il voit surtout le travail sous un autre angle, plus large. Il ira plus en détail, plus en profondeur. Le passionné aura cet avantage énorme il sera condamné à se différencier des autres. En sport, c’est souvent ce qui va distinguer le premier du deuxième. 

Se différencier, c’est d’abord innover?
Sans innovation, il n’y a pas de futur possible. Même les musées innovent, s’exportent. Notre existence, la vie elle-même est en perpétuelle mutation. Dans le détail, rien ne se répète jamais tout à fait. Il n’y a que la mort qui est statique. Une vie statique s’apparente donc à la mort.

La communication, le marketing sont-ils les autres secrets du succès?
Vous savez, un marketing performant ne suffit pas. C’est bien d’allumer un feu, mais il faut surtout arriver à le faire durer. C’est la même chose en entreprise. Un marketing brillant va rapidement demander de la substance. Il est facile de créer un effet de mode éphémère, il est plus difficile de construire une marque à long terme, avec une vraie substance. 

C’est vrai que j’ai toujours prôné un marketing innovant, voire agressif. Mais j’ai surtout toujours pensé que pour réussir il fallait être le premier, être différent et unique. Que l’on parle de communication, de marketing ou de produit, si vous cherchez à être le premier, unique et différent, vous allez vous démarquer. Dans la masse, personne ne vous voit. Dans la rivière, un poisson mort suit le courant. Un poisson vivant, par contre, va contre le courant, il part à droite, à gauche… Je n’ai jamais voulu être un poisson mort!

Quels seraient vos cinq conseils aux jeunes entrepreneurs?
Les vrais conseils que je peux donner? Le premier est d’associer job et passion. Le second, c’est que le travail est sans limites. Le troisième est de se comporter avec une certaine éthique afin de recevoir de l’aide. Si vous ne partagez jamais rien, si vous ne respectez pas les personnes qui vous entourent, comment recevoir cette aide, ce coup de piston qui peut avoir tant de valeur? Mon quatrième conseil serait d’avoir le courage de vous tromper. Si on est le premier à ouvrir la route, on a aussi le droit de se tromper de route. Mais il ne faut rien lâcher pour autant. Enfin, soyez le premier, différent et unique!

Cette idée de transmettre votre savoir, de parler de votre expérience vous séduit-elle?
Une vie d’entrepreneur peut être rythmée en quatre temps. Le premier temps est celui de l’apprentissage. Ensuite, arrive le temps de façonner, de parfaire son métier. Le 3e temps, et j’y arrive, est celui de la transmission. C’est pour moi le moment de donner à d’autres une expérience, une vision, un savoir. Avant la retraite. L’heure est venue pour moi de moins «faire», mais de guider, de conseiller, de corriger.

Que représente la famille dans cet univers où le travail occupe la majorité du temps?
Pour moi, la famille est un pilier. L’équilibre que donne la famille permet d’atteindre la paix intérieure. Elle permet surtout de laisser exprimer toute sa force. Quelqu’un qui n’est pas en paix avec lui-même sera forcément plus faible. Un entrepreneur, s’il veut être performant, doit avoir une bonne hygiène de vie, tel un athlète, il doit s’entretenir. Mais il faut aussi qu’il fasse preuve d’une grande rigueur morale.

Avec le recul, quelle est votre plus grande fierté?
Ce sont mes enfants. Mon fils aîné dirige Hublot en Chine. Une de mes filles travaille au marketing. Les autres sont encore à l’école. Professionnellement, c’est l’aventure Hublot. Cela peut paraître suspicieux et c’est un privilège rare que le dernier acte soit le meilleur. C’est le rêve de tout acteur que de quitter la scène au sommet de sa gloire. 

portrait
Jean-Claude Biver, Président de Hublot.A bientôt 63 ans, Jean-Claude Biver a laissé, depuis le
1er janvier 2012, la gestion opérationnelle de Hublot à un fidèle collaborateur. Il reste toutefois Président du conseil d’administration de le marque horlogère de luxe qu’il a menée vers les sommets. Affable et d’une grande disponibilité, l’entrepreneur helvético-luxembourgeois a marqué de son empreinte indélébile le monde de l’horlogerie suisse. C’est à lui qu’on doit le renouveau de la marque Blancpain, en veille depuis 1956, et dont il acquiert les droits avec son ami Jacques Piguet au début des années 80. Dix ans plus tard, la marque qui a retrouvé toute son aura est revendue à Swatch Group. Il demeure CEO de Blancpain jusqu’en 2003 et, dans un même temps, redresse la marque Omega. En 2004, il devient CEO et membre du conseil d’administration de Hublot Genève. Quatre ans plus tard, le chiffre d’affaires a octuplé et la marque est vendue au groupe de luxe LVMH. Aujourd’hui, cinquante boutiques Hublot sont installées dans les quartiers les plus chics des plus grandes villes du monde.

Michaël Peiffer


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