EST-CE VRAIMENT IMPORTANT DE TOUT SAVOIR?
CuriOSité Ou beSOin de tranSParenCe, CHaCune a SOn exPliCatiOn. tOut SavOir Peut être une arme, maiS auSSi un HandiCaP. nOtre quête de vérité nOuS mène ParfOiS, SanS que l’On S’en rende COmPte, Sur deS CHeminS trOP eSCarPéS.
Celles qui estiment qu’elles ont le droit de tout savoir ne doivent pas ignorer qu’elles ont aussi, par voie de conséquence, le devoir d’assumer et de faire face aux vérités qu’elles voulaient absolument détenir. Voilà qui corse bien souvent la chose. Il y a des petits trucs anodins qui ne sont, pour personne, des secrets d’Etats. Et puis, il y a des situations plus graves, parfois même douloureuses, où, moins on en sait, mieux on se porte. Certaines ont déjà fait les frais de leurs exigences de transparence.
Dis-moi tout
Il y a des maniaques de la révélation. Qu’il s’agisse de leurs copines, de leurs enfants, de leurs collègues de bureau, sans parler de leurs pauvres maris, elles ont le don de harceler le monde afin de ne rien louper. Elles vous rassurent et vous jurent, sur toutes les têtes connues et inconnues, y compris celles de leurs chiens, qu’elles sont de véritables tombes et qu’elles vous donneront une pléiade de bons conseils. Dans certains cas, c’est vrai. Mais parfois, on est à deux doigts du véritable dérapage. Coline raconte: «J’avais une collègue particulièrement infernale, à qui un chirurgien malfaisant avait sans doute greffé des oreilles de basset. Elle traquait les moindres bruits de couloir, les moindres chuchotements. Un jour, elle a saisi une discussion disant qu’un service allait être décentralisé. Elle l’a aussitôt rapportée à la personne concernée comme étant une chouette nouvelle puisqu’elle allait se rapprocher de sa ville natale et de ses parents. Seulement la dame, plus toute jeune en prime, vivait depuis peu le parfait amour avec le comptable d’une société voisine. Elle s’est donc enfermée, à clé, dans son bureau, refusant de sortir et de se nourrir jusqu’à ce qu’on lui promette de la laisser où elle était. Fou furieux le patron a sommé la curieuse de régler le problème. Elle a passé deux jours et deux nuits devant la porte de la malheureuse. Tout s’est bien terminé, mais ça l’a un peu échaudée.»
Tu peux tout me dire
«Mon chéri, je suis capable de tout entendre et même de tout pardonner. Mais le mensonge me rend dingue. Si, un jour, le hasard de la vie fait que tu cèdes à la tentation, je t’en prie, dis-le moi. Je sais que ce sera un moment difficile, mais je suis certaine que notre amour est suffisamment solide pour résister à toutes les tempêtes.» L’œil humide, la voix légèrement cassée, la bouche entrouverte, lovée dans ses bras, on a toutes servi cette réplique à l’homme de notre vie. Et curieusement, le temps que le monsieur nous balance la fameuse nouvelle, nous avons toutes basculé du côté obscur de la force. Pour résister à la tempête, nous avons même prévu, pour que le navire ne coule pas, de l’alléger… en balançant sa garde-robe, son ordinateur et ses maquettes d’avions par la fenêtre. En deux mots, messieurs, taisez-vous! Ce que l’on ne sait pas ne nous fait pas mal au ventre. Et Michèle est une exception! «Bien sûr, je pensais vouloir tout savoir. Seulement, mon mari était gynécologue. Des femmes, il en voyait toute la journée. Des patientes, en pleine forme, mais aussi des infirmières, d’autres médecins, des secrétaires… J’ai vite compris que l’ignorance avait quelque chose de confortable. Autour de nous, nos amis divorçaient à tour de bras. Je me suis payé le luxe de ne rien écouter et de ne rien voir. Nous nous entendions bien quand nous étions ensemble et nos professions respectives (je suis avocate) nous occupaient à temps plein. Nous aimions notre vie, notre maison, notre tissu social et avions deux super enfants. Aujourd’hui, nous sommes pensionnés, ses frasques et ses infidélités sont de l’histoire passée et finalement sans importance. Si c’était à refaire, je ferais la même chose.»
Maman peut tout entendre
Nos petits ont également eu droit à la fameuse tirade: «Maman peut tout entendre.» C’est fou comme, sous le couvert de l’amour ou de l’amitié, on arrive souvent à faire parler n’importe qui. Sommeillerait-il en chaque femme une âme d’inquisitrice. Il y a celles qui fouillent pour savoir. Méthodiquement, une après-midi par mois, elles retournent les affaires de toute la famille à la recherche d’un indice compromet-tant ou inquiétant. Première étape: trouver le sacro-saint journal de l’aînée. Cette action, même si elle est justifiée par l’inquiétude, est profondément malhonnête, ma mère en a fait les frais. Nous étions en pleine période de conflits des générations. J’avais l’impression d’être la plus malheureuse et la plus incomprise des filles. Et comme il faut toujours un ou une responsable, j’affublais ma mère de tous les noms d’oiseaux. Je la détestais, je la haïssais, je lui souhaitais une tête de veau et des bras de cinq mètres comme dans le sketch de Palmade… Elle a passé plusieurs mois, certaine que je ne l’aimais pas et qu’elle avait tout raté. Un jour le journal a disparu. J’avais grandi. Elle m’a demandé où il était et je lui ai répondu que je l’avais jeté parce que j’y avais surtout écrit beaucoup de bêtises. Elle m’a avoué avoir versé des bassines de larmes. Si elle n’avait pas voulu savoir, elle se serait épargnée beaucoup de souffrances. D’autant que nous nous adorons.
Parmi ces situations, certes très courantes, il y en a d’autres qui pourraient tourner au drame. Rentrée à l’hôpital pour quelques petites «biopsies», Dominique a profité d’un moment d’inattention de son médecin pour jeter un œil à son dossier. Noir sur blanc, elle a lu qu’il y avait suspicion de tumeur maligne. Après l’intervention, elle s’est précipitée à la banque et a retiré toutes ses économies. Elle a filé dans la première agence de voyages et, trois jours plus tard, la voilà partie pour un périple insensé. Son dernier voyage! Lorsque sa mère lui a annoncé par téléphone qu’elle allait parfaitement bien, mais qu’elle avait perdu son boulot, elle a éclaté de rire. C’était finalement un moindre mal!
Ne dITeS plUS
- Il n’y a point de pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendre (Molière).
- Plutôt mourir que de passer pour une conne.
- Tu devrais essayer de savoir. Au moins, tu serais fixée.
- J’ai un moral d’acier, rien ne peut m’atteindre.
… dITeS plUTôT
- Il faut savoir ne rien savoir.
- Je ne suis pas flic.
- Il est bon de parler et meilleur de se taire (Jean de La Fontaine).
- Lorsqu’on peut tout savoir, il faut savoir aussi tout taire (Victor Hugo).
Magali Eylenbosch




























































































